Tranche de vie.

1972-2003 plus de 30 ans, certainement la tranche la plus importante de ma vie.

Je vais vous parler de mon lieu de vie, de ma cité. Je m’y suis construit tant bien que mal, bien plus souvent en mal. J’ai détesté cet endroit, ce ghetto comme disant certains, et pourtant, j’ai survécu.

Les S

Une adolescence chahutée, il fallait être fort pour survivre dans cette jungle, je ne l’étais pas, à défaut, j’ai su m’entourer quand le danger était trop présent.

Ce quartier se nomme « Le Luth » c’est joli comme nom n’est-ce pas ? C’était la seule chose de joli, je crois bien.
Ville de Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine, banlieue nord de la région parisienne.
Pour les clans, il fallait dire « Luth Zoo » allez savoir pourquoi.

Avant 1972, ma tour n’y étais pas encore

Je n’ai pas choisi, j’ai suivi les parents, le quartier était presque neuf, de grands immeubles, des barres des tours… Pour moi, ce sera une tour au 4e étage, sympa l’appartement. Et chose rare dans ce quartier majoritairement composé de HLM, nous étions copropriétaires.

La tour blanche au fond chez moi

Un avantage ? Absolument pas… L’immeuble était plus propre, c’est vrai, mais je n’avais pas le même statut social que mes camarades, pour eux, j’étais un bourgeois, difficile de se faire accepter.

Dès le début, nous n’avions pas le droit de nous éloigner de l’immeuble (ma sœur et moi), trop risqué, déjà très anxiogène comme quartier, et pourtant, c’était encore vraiment bien …

Un quartier animé

Un mélange de cultures, des dizaines de nationalités, principalement maghrébine…De nombreux clichés bien sûr. Apprendre à vivre ensemble, bah logiquement ça devrait le faire, nous étions assez ouverts.

De nombreux travaux pendant des années, le quartier devenait de plus en plus grand, un collège tout neuf, j’étais un des premiers à étudier dans ce nouveau bâtiment, malheureusement tout n’était pas encore terminé, et le recrutement des professeurs était loin d’être terminé, personne ne voulaient travailler dans ce quartier déjà dit sensible.

Collège Guy Mocquet

Je n’ai pas eu de prof de langue pendant les deux premières années, le prof de math nous demandait de distribuer des tracts en ville. Par contre j’ai de bons souvenirs de la prof de Français :) Ce n’est pas pour ça que je suis devenu une lumière lol.

Il y avait des arrivée de nouveaux élèves tous les mois, ne parlant parfois pas un mot de Français, difficile de suivre le programme de l’année.

Je fais l’impasse sur ma vie personnelle lors de cette période, tout ce que je peux dire, c’est que ce n’était pas la joie… Mais ce n’est pas le sujet du jour :)

Des classes surchargées (2) jusqu’en 3e, et un échec pour tous, pas un seul d’entre nous passent au lycée.
Vous allez sans doute dire que quand l’on veut, on peut, oui certainement, j’en conviens. Je n’ai pas fait d’efforts certainement, puis franchement à quoi bon, ce que nous avions autour de nous ne nous donner pas beaucoup d’espoirs.

Pour réussir, il y avait les petits trafics, le vol et le recel, mais pas que, de la drogue dans tous les coins, et pour quelques billets devenir guetteur.
J’ai jamais voulu participer, ce qui automatiquement faisait de moi un paria.

C’est moderne maintenant

Heureusement, quand je devais me déplacer dans la cité, j’avais mes anges gardien, j’entendais mon nom aux fenêtres, ce qui me permettait de ne pas être ennuyé par les caïds, j’étais identifié, qui étaient-ils ? Mystère….

Finalement, j’ai survécu, sans prendre de coups de couteau ou de chaînes, pourtant, j’en ai vu se faire tabasser… Et même pour quelques-uns fuir devant les armes à feu. C’est assez spécial de voir un mec se faire abattre sur le même trottoir que toi…. Que faire ? Se taire absolument et continuer sa route.

Il fallait avoir du courage le soir pour faire les courses dans la supérette, parfois, tu revenais sans rien dans ton sac… Dépouillé.

Plus tard, adulte, le plus important était de ne jamais se mêler des trafics derrière les immeubles, la cité-dortoir par excellence. J’habitais dans un quartier limitrophe qui n’était pas mieux.

Cité touristique lol vraiment le début

Petit à petit, le quartier changeait, la population, mais aussi le désenclavement, ils ont détruits des barres d’immeubles, percées les plus longues pour permettre le passage des forces de l’ordre lors des émeutes. La destruction de la supérette, de cette façon, il n’y avait plus de vols, radical…

2003, il fallait que je parte, changer d’air…

Je n’ai pas vu l’arrivée du tram, la construction d’une médiathèque, d’un nouveau gymnase, etc.

Mais vous savez quoi ? Je ne regrette pas mon départ, mais j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose maintenant… C’était ma vie….

Je vous propose cette vidéo, elle est un peu longue, mais à l’époque elle avait fait couler beaucoup d’encre.
Un peu abusé peut-être quoi que…

 

36 Comments

  • Pas facile de grandir et d’évoluer dans ces quartiers dits sensibles. Je comprends cette peur viscérale que tu as pu éprouver dans un tel environnement, et pourtant il a fallu se construire et vivre, se forger un avenir.
    Une tranche de vie que tu nous décrits et qui t’a permis de te construire. La vidéo retrace bien ces conditions de vie.
    Ayant habité plus de 10ans à Montigny le Bx dans les Yvelines, à proximité de Trappes, j’ai bien souvent tremblée pour mes deux ainées qui allaient jouer dans un petit parc, non loin de la maison, (place tournante de petits dealers)….
    Remarque, quand j’ai vendu cette maison pour me reloger sur Tacoignières, proche de Houdan, ce n’était pas mieux et c’était pour ma dernière que je tremblais. Maulette et son sens giratoire menait directement sur Mantes et sa pègre !
    Tu vois, à Gennevilliers, dans ce quartier du Luth, rien n’était à envier à ces deux plaques tournantes de la drogue dont je te parlais ci-dessus.
    Et aujourd’hui, rien n’a changé… les ghettos sont toujours d’actualités, et c’est tellement plus facile de parquer les « sans avenir ».
    Merci pour cet écrit sincère mon Gibee.
    Joyeux Noël tout de même, toujours sous antibiotiques et alitée avec un peu de fièvre. J’espère que je vais finir par m’en sortir !
    De gros bisous

    • Coucou Zaza :)
      il était passé mais mon blog reconnait plus personne depuis le temps,
      Je pense que c’est encore pire aujourd’hui dans les cités. Bien que la réussite scolaire est au rdv, ça donne de l’espoir
      Bisous

    • Coucou Gibee,
      Ah çà y est, tu es revenu ? Mais quelle galère là où tu as habité ! Un secteur pas très recommandable. Bref, tu t’en es sorti et maintenant c’est la Bretagne beaucoup mieux , air plus pur etc.

    • Ah, nous, c’était Nanterre la folie, juste derrière la fac. En construction à l epoque, ma cité erait entourée de terrains vagues et encore relativement sûre. Mais à la nuit tombée, mieux valait éviter d aller faire ses courses de l autre côté de la ligne de RER…

  • Salut Gibee, qu’ajouter à ça ? cela continue sûrement dans ce quartier comme dans d’autres de la région parisienne et d’ailleurs !
    C’est bien beau de mettre beaucoup d’argent dans les infrastructures mais si l’humain ne suit pas ? le jour où les banlieues se réveilleront, cela fera bien plus mal au gouvernement que les gilets jaunes. Mais pas fous, nos élus, ils laissent faire pour que cela n’explose pas, justement.
    Et tout le monde en pâtit.
    Bref, le bonheur pour tous ce n’est pas pour demain.
    Passe de très bonnes fêtes et amicalement.

    • Heureusement aujourd’hui ils évitent les grands ensembles , mais les populations sont toujours prisent en étau, je vois ça même en Bretagne, c’est plus joli mais la vie y est difficile encore …
      Joyeux Noël Clara, bises

  • Quelle horreur que ces ghettos qui existent aussi dans mon Sud et dans ma ville… Ghettos aujourd’hui devenus communautaires où la Religion est, en plus de tout le reste, venue s’immiscer dans les interstices de corps pauvres et d’esprits mal instruits. Honte aux Politiques qui ont choisi de parquer de l’Humain pour des raisons d’espaces et de budgets au rabais, Honte aux architectes qui ont renié les valeurs du bonheur Social, Honte à la République qui a détourné les yeux de cet échec monumental fermant ainsi au Peuple les portes de notre Constitution et de l’Article 1 « Faire que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ».
    Nul bonheur en ces lieux devenus Zone de Non Droit à même notre sol.
    Honte à TOUS les politiques successifs qui n’ont jamais eu les couilles de corriger cet état de fait en envoyant l’Armée défaire ce qui est à refaire, empêchés par une Gauche Bobo qui a tué la Gauche de l’Internationale brandissant le Racisme comme bouclier de défense de l’Indéfendable, en oubliant l’essentiel, cœur de la Gauche, Le Genre Humain et le salut commun !
    Mon Gibee, en cette veille de Noël, je pense à ceux qui essayent de survivre dans cette Jungle urbaine en pensant au petit garçon que tu étais et à l’homme que tu es devenu. Il en faut du courage et de la volonté pour sortir indemne de ces enfers clos.

    • J’ai eu la chance d’avoir des parents responsables, qui ont su me donner de bonnes bases, et pourtant ils travaillaient beaucoup, je restais seul pendant de longues heures dans la cité, mais j’ai jamais fait de conneries même voler dans les magasins j’allais pas avec eux lol trouillard peut être aussi.
      Les quartiers nord de Marseille je n’irai pas trainer facilement ☺️
      Joyeux noël à vous , profitez bien, gros bisous

    • Des grands ensembles ça devrait pas exister, ce n’est pas une vie, des clapiers ….
      Maintenant que je suis en Bretagne je respire enfin
      Joyeux noël Ghislaine, gros bisous

  • Coucou Gibee.

    Je dirais qu’il en faut du courage pour avoir écrit tout cela. C’est un témoignage qui vient des tripes mais avec du recul aussi, il me semble. De toute façon, merci à toi de t’être livré ainsi.
    La vie est rarement un long fleuve tranquille mais il y a des rencontres qui aident à faire du chemin.
    Je ne suis plus que rarement sur des blogs ou des réseaux sociaux par souci de respect de ma vie privée et compte très peu d’amis sur FB, mais ceux/celles-là, j’y tiens, dont toi.
    Prends bien soin de toi ! Bisous *-*.
    Francine /Clio

  • Bonjour Gibee,
    J’espère que tu vas bien. Ton témoignage est saisissant. Je vois que tu en as bavé quand même dans ce quartier, ça n’a pas du être drôle tous les jours. Déménager en Bretagne, ça a du te faire un sacré choc de changer pour une région aussi radicalement opposée. J’adore la Bretagne, c’est une région magnifique et les bretons sont très sympas. J’espère pouvoir y retourner un jour.
    Je te souhaite un Joyeux Noël et de très belles fêtes de fin d’année.
    Gros bisous.

  • Espérons que ça va marcher.

    Je t’ai lu d’une seule traite et je suis restée scotchée à ton vécu.
    Ce texte est magnifique, bien écrit et donne envie d’en savoir davantage.

    Quand je te lisais je voyais surgir ça et là des conversations que nous avons eu et je te comprenais davantage….

    Qu’elle vie différente de la mienne ! Mais si belle aussi car de vivre proche de ces cités cela forge le caractère.
    Et le tien est bien trempé…

    Merci de nous avoir raconté une tranche de ta vie à Genevillier.

    Et, heureuse que tu te remettes à ton blog.
    Je t’embrasse et vous souhaite un joyeux Noël à vous deux.

    EvaJoe

  • Bonsoir Gibee.

    Ouf … quel article !!!
    C’est très poignant je trouve.
    Après, crois-tu vraiment qu’au fond de toi tu regrettes ?
    Je pense que c’est dû à la nostalgie.
    Moi ça me fait pareil pour Narbonne, la maison de mes parents, mais quand j’y pense vraiment, retourner vivre à Narbonne alors que mes parents sont partis … je ne crois pas que ça serait une bonne idée.

    Gros bisous Gibee, et bon réveillon si tu le fais.
    Bonne journée de Noël pour demain, joyeuse j’espère !

    • J’ai trouvé mieux c’est vrai mais j’ai perdu aussi quelques détails :)
      c’est la vie il faut avancer je n’ai pas de regrets
      tranquillou le réveillon lol
      bises

  • ça me rappelle Vaulx-en-Velin cette faune..j’allais visiter des connaissances..Les barres d’immeubles c’est d’un moche pas étonnant que justement celle-ci de développe..Dur dans grandir et se construire dans un tel quartier! Non d’une pipe heureusement que tu a échappé a tout ces déboires de drogue et autres et que tu as pu t’éloigner..Ne regrette pas même si c’est une partie de ta vie tu as eu de la chance d’en partir et surtout de ne pas sombrer. Bisous espère ça va ton papa??? Passez un bon réveillon?

  • Bonjour Gibee, merci de partager cette tranche de vie de ta jeunesse qui fut difficile , tu passais sans doute ton temps à te méfier ! Je comprends que les gosses de ces quartiers soient dégoûtés et ne puissent rêver …
    Tu as bien fait de partir mais je comprends ta  » nostalgie » car c’était ta jeunesse… là bas … Bisous Gibee et à très bientôt
    Je reviendrai visionner ce reportage ;-)

    • Toujours en éveil et jamais un mot plus haut que l’autre , le plus important le respect des uns et des autres, même si parfois c’est difficile
      Merci de ton passage bises

  • Merci Gibee pour cet article .., je ne te connaissais pas ce blog ..
    Je vis actuellement à une rue de ce genre de quartier ..et je reconnais tout ce que tu racontes ; la seule difference c’est qu’à l’age ou je my suis installée année 1978 , on disait que quartier à eviter ..et pourtant nous avons acheté là …et nous avons pu voir de l’autre cote de la rue les affrontements gendarmes ..loubards ..mais nous n’étions jamais ennuyé , trois petits ensembles en marge de cette grande cite ou rien ne se passait ..J’ai élevé mes 4 enfants dans ce quartier , ils ont côtoyé les bons et les mauvais mais cela s’est toujours très bien passé entre tous ces enfants , c’était l’époque ou l’ecole réunissait touts les enfants sans discrimination
    Par contre si je devais mettre ma dernière petite fille dans les ecoles restantes de ce quartier je ne le ferais pas …les mentalités ont changées et les adultes aussi …en fait ces adultes sont les petits d’avant ..va comprendre …voilà Gibee
    Je te te souhaite de passer une bonne fin d’année ,pour moi elle sera très très tranquille …et c’est bien ainsi !
    Bisous

    • Effectivement c’était une autre époque, je vais dire que dans l’ensemble c’était mieux que maintenant quand même, parce qu’il y avait encore de l’espoir d’en sortir.
      Sur quimper aussi il existe ce genre de cité, d’ailleurs ça passe dans le journal assez souvent… j’y vais voir une très tante…et je ne suis pas rassuré
      Bisous

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